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Industries extractives : Changement de paradigme pour plusieurs pays en Afrique de l’Ouest

De nombreux pays de l'Afrique de l'Ouest commencent par tourner une page : celle où les investisseurs tirent davantage profit que les États propriétaires des ressources naturelles.

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Par Assou AFANGLO

Du Mali au Niger, du Sénégal au Ghana en passant par le Nigéria, une dynamique se dessine. Zoom sur quelques réformes constatées ici et là et qui changent les règles du jeu.

Dans le secteur des mines

Les décisions sont nombreuses et visent globalement à augmenter les recettes publiques, à donner une meilleure place aux entreprises locales et à valoriser les ressources minières. Au Mali, les autorités ont renforcé le contrôle de l'État sur les projets miniers et revu plusieurs contrats avec les compagnies étrangères. L'adoption d'un nouveau Code minier en 2023 a rebattu les cartes portant la participation gratuite de l'État à 10% dans les nouveaux projets miniers. A côté, l'État a gardé la possibilité d'acquérir jusqu'à 20% supplémentaires. Jusqu'à 5% peuvent être réservés aux investisseurs maliens, portant la participation nationale à 35%. Entre tensions persistantes, batailles judiciaires, chaque partie a su s'adapter aux exigences de l'heure.

Le Burkina Faso, de son côté, poursuit une politique de nationalisation partielle de certains actifs miniers et encourage la transformation locale. Les mines de Boungou et Wahgnion sont passées sous contrôle de l'État, qui prévoit d'étendre cette politique à d'autres sites stratégiques. Mais au-delà, un nouveau Code minier datant de 2024 a permis à l'État de renforcer sa participation dans les sociétés minières. La part gratuite du Burkina Faso est passée de 10% à 15%, avec la possibilité d'acquérir davantage de parts à titre onéreux. Sur ce volet, la Société de Participation Minière du Burkina Faso (SOPAMIB) a été autorisée par le gouvernement à acquérir une participation supplémentaire de 25% dans la mine d'or Kiaka contre 70 milliards de francs Cfa. A cela s'ajoute une promotion de la transformation locale et de l'expertise nationale.

Au Ghana, le gouvernement a créé le Ghana Gold Board pour mieux contrôler le commerce de l'or, lutter contre la contrebande et accroître les recettes nationales. Cette structure dispose de droits exclusifs sur certaines activités du commerce de l'or artisanal. Le pays a introduit depuis mars 2026  un nouveau système de redevances lié au prix de l'or. De 5%, les taux pourraient évoluer jusqu'à 9% ou 12% lorsque les cours mondiaux sont très élevés et dépassent les 4.500 dollars l'once. Dans un autre registre, le gouvernement veut réduire la durée des permis et supprimer leur renouvellement automatique. Le refus du renouvellement du permis de la mine de Damang exploitée par Gold Fields en est un  récent exemple. La mine a été finalement confiée à l'entreprise ghanéenne Engineers & Planners.

En Guinée, les investissements dans la bauxite et le gigantesque projet de fer de Simandou sont au cœur d'audacieuses réformes. En 2025, plus de 100 permis miniers ont été retirés à des sociétés accusées de ne pas respecter leurs obligations. L'État a renforcé son contrôle sur le projet de fer de Simandou et sur plusieurs concessions de bauxite. Conséquence directe : la Guinée a pu maintenir sa place comme l'un des principaux producteurs mondiaux de bauxite (2ème derrière l'Australie). Elle s'impose comme premier exportateur mondial avec 182,8 millions de tonnes exportés en 2025. Selon le Ministère des Mines et de la Géologie, le pays possède les plus importantes réserves mondiales de bauxite, le minerai utilisé pour la production de l’aluminium. A haute teneur en alumine, les réserves guinéennes de bauxite sont estimées à plus de 40 milliards de tonnes, dont 23 milliards de tonnes localisées dans la région de Boké.

Pétrole et gaz, que retenir ?

Les règles du jeu touchent aussi le stratégique secteur du pétrole et du gaz. En tête de peloton, le Nigeria donne le ton avec une priorité accordée aux entreprises nationales. La raffinerie Dangote fait partie des plus grands bénéficiaires des décisions fermes de l'Etat. Avec sa capacité d'environ 650.000 barils par jour, elle permet au Nigeria de couvrir l'essentiel de sa demande intérieure en carburants tout en exportant des volumes importants vers d'autres pays africains. Depuis mars 2026, Dangote a commencé des exportations régionales de carburants vers plusieurs pays, notamment le Ghana, la Côte d'Ivoire, le Cameroun, la Tanzanie et le Togo. Un projet d'extension visant à porter la capacité à 1,4 million de barils par jour est également en préparation.

Quelques années plus tôt, en juillet 2022, l'entreprise publique Nigerian National Petroleum Corporation (NNPC) est devenue NNPC Limited, une société commerciale régie par le droit des sociétés, dans le cadre de la mise en œuvre du Petroleum Industry Act. L'entreprise est désormais censée fonctionner sur une base commerciale, avec des objectifs de rentabilité et de performance. Elle n'est plus financée directement par le budget de l'État pour ses activités courantes. Néanmoins, l'État nigérian reste l'unique actionnaire à travers le ministère des Finances et le ministère du Pétrole.

Pour mieux encadrer le secteur, la Nigerian Upstream Petroleum Regulatory Commission a été mise en place. Elle gère la régulation des activités d'exploration et de production de pétrole et de gaz (amont), s'occupe des licences et permis pétroliers et supervise les opérateurs pétroliers. Dans le même temps, la Nigerian Midstream and Downstream Petroleum Regulatory Authority se concentre sur la régulation du transport, le stockage, le raffinage et la distribution des produits pétroliers, supervise les infrastructures gazières, veille sur la concurrence du marché des carburants et le contrôle de qualité.

En outre, le Sénégal ne fait pas exception à ces règles. Depuis 2024, le gouvernement de Bassirou Diomaye Faye a lancé un audit du secteur et examine plusieurs contrats pétroliers afin d'augmenter les retombées pour l'État. La possibilité de renégocier certains contrats si l'audit révèle des déséquilibres ou des manquements a été évoquée. A ce jour, les contrats résiliés concernent les blocs pétroliers  de Djiender, de Djiffer Offshore, de Kayar offshore profond, de Kayar peu profond, de Saint-Louis peu profond et de Rufisque offshore. En toile de fond, une plus grande participation de la société nationale PETROSEN dans les projets d'exploration, de développement et d'exploitation du pétrole et du gaz.

Enfin au Niger, le gouvernement a exigé une meilleure représentation des Nigériens dans les postes de direction et d'exploitation occupés jusque-là majoritairement par des expatriés, notamment au sein des filiales de la société chinoise China National Petroleum Corporation. Il a également demandé l'alignement des avantages et rémunérations entre employés nigériens et expatriés. Ainsi, rien qu'au mois de mai 2026, le Niger et la China Oil and Gas Exploration and Development Corporation (COGEDC) ont signé un accord d'investissement d'un milliard de dollar pour relancer les projets pétroliers Dinga Deep et Abolo-Yogou. Une réduction du coût de transport du pétrole exporté via l'oléoduc Niger-Bénin, de 27 à 15 dollars par baril a été annoncée. Dans le même temps, le Niger a acquis 45% du capital de la West African Oil Pipeline Company (WAPCo), filiale de la CNPC exploitant l'oléoduc.

À noter que le président Abdourahamane Tiani a réitéré la volonté du pays d'accroître la transformation locale du pétrole afin de réduire la dépendance aux importations de produits raffinés et de créer davantage de valeur ajoutée dans le pays.

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